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Les Midoth - Chemot
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Paracha tirée du Livre :
Guide initiatique des VERTUS ESSENTIELLES
Rav Naftali WEINBERG 
et David COHEN 


L’Institut AHAVAT EMET

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Pikoude
La bonne réputation

« Elé pikoudé hamichkan michkan haédout acher poukad al pi Moché - Voici les comptes du Tabernacle, le Tabernacle du Témoignage, tels qu’ils ont été établis selon la parole de Moïse » » (Chemot 38 : 21).

Le Baal Hatourim précise que le mot pikoudé est écrit avec un Vav supplémentaire pour signifier le fait que Moïse présenta un compte précis et détaillé de chaque centime reçu pour la construction du Tabernacle, à tous les 600 000 membres (Vav = 6) de la nation afin que nul ne puisse le soupçonner d’avoir détourné la moindre somme à son profit.
Pourquoi Moïse a-t-il tant insisté pour dévoiler l’état des comptes à toute la nation ? 
Après tout, Dieu Lui-même se porta garant de l’intégrité de Moïse disant « Dans toute Ma maison, il est le plus fiable ». Alors, que recherchait Moïse de plus ?

Le Midrach explique que Moïse avait entendu certaines personnes mal intentionnées murmurer, derrière son dos, qu’il s’appropriait une partie de l’argent récolté « partout où il allait, ils le poursuivaient de leurs accusations (Chemot/Ki tissa 33 :8) disant, par exemple « Il n’est pas étonnant que cet homme, seul dépositaire de tout l’or et l’argent, soit si riche… Il ne doit de comptes à personne ! »
Aussi, lorsque le Tabernacle fut terminé, Moïse tint aussitôt à réagir à ces accusations en ouvrant ses livres de comptes à tous afin qu’ils puissent les examiner, à leur gré et, au besoin, les discuter.

« De cela, nous apprenons » écrit le Shlah Hakadoch « que toute personne dont la réputation est mise en cause se doit de prouver son innocence en public ». On ne peut se contenter de sa bonne renommée pour s’exempter du devoir de prouver son intégrité. Moïse fut une nouvelle fois attaqué au motif qu’il accumulait jalousement pouvoir et honneurs, par Korah et ses adeptes, qui prétendaient qu’il n’était pas, sans conteste, l’envoyé de Dieu, tentant de le discréditer aux yeux des enfants d’Israël; en réponse, Moïse précisa « Je ne leur ai pas pris le moindre âne et je n’ai jamais fauté envers l’un d’entre eux » (Korah 16 : 15).

Raphaël Shimshon Hirsh explique que Moïse s’efforça de justifier auprès du Peuple qu’il avait été désigné par Dieu en qualité de messager, prouvant qu’il ne tirait aucun avantage de sa position de dirigeant, justifiant que personne ne pouvait être exempté de la mitsva « Vous devez vous justifier devant Dieu et devant le Peuple d’Israël ». C’est la responsabilité de tout dirigeant de s’assurer qu’il n’est l’objet d’aucune suspicion !

A la veille de Pessah, le Rav Shlomo Zalman Poroush (le grand-père du Rav Shlomo Zalman Auerbach) attendait avec impatience de recevoir une somme importante en provenance de Minsk, en Russie, mais l’argent n’arrivait pas et le Rav Shlomo était extrêmement inquiet pour les pauvres de Jérusalem qui risquaient de ne pas pouvoir acheter leurs Matsot et leur vin pour la fête… Ne voyant aucune autre possibilité, il s’adressa au Rav Feivel Stellar qui lui prêta 200 Napoléons-Or (une somme très importante) qu’il s’engagea à lui rembourser dès réception de l’argent de Minsk tant attendu. 

Après la fête, le Rav Shlomo Zalman remboursa au Rav Feivel 110 Napoléons-Or et lui indiqua qu’il s’empresserait de lui apporter le solde dès qu’il recevrait l’argent attendu… Deux mois plus tard, le Rav Schlomo s’empressa de se rendre chez le Rav Feivel pour lui rembourser les 90 Napoléons, à titre de solde… 

A sa grande surprise, le Rav Feivel ne se souvenait plus du tout avoir reçu le premier acompte de 110 Napoléons ! ! Le litige fut porté devant le Beth Din, présidé par le Rav Shmouel Salant, qui décida que le Rav Shlomo Zalman devait prêter serment qu’il ne devait plus rien au Rav Fievel. Très impressionné par le fait d’avoir à jurer en invoquant le Saint Nom, le Rav Shlomo Zalman informa le Beth Din qu’il ne se sentait pas la force ni le courage d’affronter cette dramatique épreuve expliquant qu’il était pétrifié à l’idée d’avoir à jurer sur le Nom divin et qu’il était prêt à payer une deuxième fois 110 Napoléons-Or ! Mais le Beth Din ne fut pas satisfait par cette proposition et fit injonction au Rav Shlomo Zalman de prêter serment. « Je vous le demande solennellement » insista le Rav Salant, président du Beth Din « à défaut, les gens pourraient vous soupçonner d’avoir tenté d’abuser le Rav Feivel ».
Par respect pour le grand Dayan, le Rav Shlomo se plia à la décision du Beth Din mais demanda trois jours pour se préparer à une telle épreuve. Lorsqu’il arriva au Beth Din, il était entouré de tous les membres de sa famille qui ne pouvaient contrôler leurs sanglots, surtout lorsqu’il jura sur le Nom divin qu’il avait déjà payé les 110 Napoléons au Rav Feivel…

L’affaire ne s’arrêta pas là. Le Rav Shlomo Zalman se sentit très mal d’avoir « épargné » 110 Napoléons en jurant sur le Saint Nom. Il décida alors d’utiliser une somme équivalente pour accomplir des mitsvot; il vendit son appartement pour 50 Napoléons et en emprunta 60 autres qu’il utilisa pour la construction de la Synagogue Beth Yaacov dans le quartier de Beth Israël de Jérusalem.
Près d’un an plus tard, quelques semaines avant Pessah, le Rav Shlomo Zalman reçut une lettre du Rav Feivel; celui-ci présentait ses excuses les plus sincères au Rav, lui précisant qu’à l’occasion du nettoyage de Pâque, il avait retrouvé les 110 Napoléons-Or ! (Haméor Hagadol)




Vayakel
La recherche de l’unité
 
 

« … Moïse fit assembler toute la communauté des enfants d’Israël et leur dit : Voici ce que l’Eternel a ordonné d’accomplir… » (Chemot 35 : 1).

Nos Sages ont affirmé « Le Beth Hamikdach a été détruit du fait de la division et de la haine gratuite ».
La division et la discorde ont toujours été une source d’insécurité et d’épreuves.
Ainsi, avant de commencer la construction du Michkan, la première démarche de Moïse fut-elle de rassembler le peuple; une fois que le peuple s’était regroupé, il possédait les fondations suffisantes pour ériger le Michkan et, pour que celui-ci puisse se maintenir longtemps, le peuple se devait de rester uni.
L’importance de l’Unité traverse en filigrane la plupart des enseignements de la Torah. Concernant, par exemple les lois de l’impureté et de la pureté, la règle générale est que lorsqu’une plante ou un arbre sont attaché à leurs racines, ils ne sont pas susceptibles de recevoir l’impureté (Touma); par exemple, toute végétation sur pied ne reçoit pas l’impureté, mais dès qu’elle est arrachée de terre, elle peut devenir impure si elle est en contact avec quelque chose qui est « Tamé » (impur).
Le même principe s’applique à l’homme; aussi longtemps qu’une personne fait partie intégrante du peuple, les impuretés ont du mal à l’affecter, cependant, si elle se sépare de la communauté, elle devient vulnérable aux forces de l’impureté. En fait, quand un homme se retranche du peuple pour devenir « un individu isolé », il est enclin à pécher parce qu’il ne bénéficie pas de la protection de la communauté (Tiphéret Samuel). 
A l’inverse, lorsque les gens se regroupent et travaillent ensemble, leurs chances de succès sont multipliées de manière exponentielle. Ainsi la réussite, notamment dans la recherche de la spiritualité, augmente, pour chacun, lorsqu’elle s’accomplit au sein d’un groupe, car ensemble, ils sont comme une seule personne partageant une même âme.

Pour décrire les avantages de la synergie résultant de l’Unité, le Rav Yossef Horvitz les compare au feu. La chaleur générée par la flambée de plusieurs bûches s’avère beaucoup plus importante que la chaleur cumulée par autant de bûches se consumant indépendamment, parce que le feu brûle avec une plus grande intensité quand les bûches sont regroupées et qu’elles brûlent toutes ensemble.

Il en est de même avec les gens : la ferveur et l’engagement d’un individu agissant seul, même s’il est très motivé, n’est pas comparable à l’enthousiasme et à l’intensité d’une équipe qui travaille de concert; quand les étincelles de chacun se regroupent, elles forment un grand feu puissant qui, sans conteste, a une plus grande efficacité.
Un autre avantage déterminant : l’influence positive que chacun peut avoir sur son prochain. Grâce au respect mutuel, chaque membre du groupe est influencé par les qualités des autres membres; et cela s’applique, bien évidemment, à l’épanouissement de la spiritualité.

Etudier ensemble, en groupe, est largement plus profitable que l’étude solitaire. 
Le Steipler affirmait que plus un groupe était nombreux et plus l’enseignement était efficace. 
Un des petit-fils du Steipler rapporte que son grand-père lui déconseilla fortement, un jour, d’étudier dans un petit Kollel parce que, disait-il, dans un petit groupe les défauts de chacun sont beaucoup plus prononcés et peuvent ainsi avoir une influence négative sur les autres. 
Rav Eliezer disait « Garde un profil bas et tu prospèreras ». Il considérait ainsi qu’il était plus avantageux pour une personne de faire preuve de discrétion car ses défauts pourraient être rapidement détectés et il pourrait en souffrir. Mieux vaut se fondre dans le groupe pour profiter de sa dynamique et des qualités inhérentes à chacun de ses membres. 

Quelques temps avant son départ pour le monde de Vérité, le Hafetz Haïm s’aperçut qu’il existait certaines dissensions dans sa Yechiva de Radin. Il convia les membres de la direction de la Yechiva à son domicile… 
« Nous étions tous réunis autour de la table » relata le Rav Mordekhaï Zukerman et, malgré son grand âge et sa faiblesse apparente, le Hafetz Haïm se leva et dit avec une grande émotion « La Yechiva de Hafetz Haïm a été fondée sur la paix et l’unité, la controverse restera dehors ! » 
Il répéta ces mots plusieurs fois en agitant sa main vers la porte comme s’il voulait jeter quelque chose dehors… Il ne dit rien de plus mais ses mots étaient si enflammés qu’ils pénétrèrent le coeur de chacun des assistants… « Depuis ce jour, disait le Rav Mordekhaï, je fuis toute controverse… L’image du Hafetz Haïm ne quitte jamais mon esprit et sans cesse je l’entends me répéter : » La controverse restera dehors ! » (Méir Israël). 
 
 




Ki Tissa
Le pouvoir de la Tsedaka

« Quand tu feras le compte des enfants d’Israël, chacun d’eux paiera à l’Eternel le rachat de sa personne… et il n’y aura pas de peste, parmi eux, lors du dénombrement » (Chemot 30 : 12).

Rachi affirme : « Lorsque les gens sont comptés, le mauvais oeil prédomine ».

Il apparaît ainsi que le principal objectif de la collecte des demi-Chekel n’était pas, malgré l’apparence, de remplir « des bas de laine ». Le sens véritable de cette quête tendait à ce que chacun des Enfants d’Israël remplisse la Mitsva de la Tsedaka, dont la vertu était de repousser les forces malfaisantes… « Et il n’y aura pas de peste parmi eux… ».
En donnant ce demi Chekel, chacun d’eux repoussait avec succès les effets négatifs du dénombrement, et ainsi que le dit le Roi Salomon : « La fortune ne sert à rien au jour du courroux, mais la charité sauve de la mort » (Proverbes 11 : 4). 

La Guemara relate qu’une année, au lendemain de Roch Hachana, Rabbi Yohanan Ben Zakkaï, rêva qu’il avait été décrété dans le ciel que ses neveux allaient perdre 700 dinars au cours de l’année; le Rabbi prit sur lui d’inciter ses neveux à donner cette somme au titre de Tsedaka. 
Cependant, et malgré l’insistance du Rabbi, ses neveux n’avaient donné que 683 dinars… Puis Ils reçurent, un vrai coup du hasard, un avis d’imposition de 17 dinars !…
« Ne craignez rien, leur dit R. Yohanan Ben Zakkaï, on ne vous en demandera pas plus ».
- Comment le sais-tu ? demandèrent-ils.
R. Yohanan Ben Zakkaï leur fit part de son rêve et leur expliqua pourquoi il les avait incité tellement à donner cette somme, précisément pour la Tsedaka.
- Pourquoi ne nous as-tu pas dit cela au début de l’année ? demandèrent-ils.
- Parce que je souhaitais que vous donniez uniquement pour le respect de la mitsva de la Tsedaka, répondit le Rabbi.
Et pourtant, la Guemara nous apprend que celui qui dit : « Ce Sela est pour la Tsedaka afin que mon fils vive » ou « Pour que je mérite le Olam Haba » est un Tsadik Gamour (Pessahim 8a). Ainsi, même si une personne donne la Tsedaka pour « des raisons strictement personnelles », elle ne perd pas la récompense qui est attachée à la mitsva.
Le donateur n’est pas considéré comme « un serviteur qui sert son Maître pour recevoir un salaire » (Pirkei Avot 1 : 3) mais plutôt comme celui qui utilise la récompense uniquement comme une motivation.
« Une personne ne deviendra jamais pauvre pour avoir donné de la Tsedaka » écrit le Tour « et ne subira aucun tort pour s’être consacrée à cette Mitsva ».
On relève dans Yoré Déa (p. 247) : « Ceux qui auront pitié des pauvres susciteront à leur égard la miséricorde de l’Eternel. Chacun doit se convaincre de l’idée que, de même qu’il s’adresse constamment à l’Eternel pour demander santé, bonheur… et souhaite que le Maître du Monde entende ses plaintes, de même il doit prêter attention aux plaintes des pauvres ».
Par deux fois, dans les Proverbes, le Roi Salomon souligne le pouvoir primordial de la Tsedaka. La première « Les trésors de l’iniquité ne profitent pas, tandis que la charité sauve de la mort » (Prov. 10 : 2) est interprétée par nos Sages comme étant le pouvoir de la Tsedaka d’éviter à l’homme une mort horrible et le second (11 : 4 voir plus haut) se rapporte au Jour du Jugement devant l’Eternel, où le pouvoir de la Tsedaka le sauve de l’enfer (Baba Batra 10 : 3).
Le Roi Salomon nous enseigne également « Sur le chemin de la Charité se trouve la Vie et son sentier aboutit à l’immortalité » (Prov. 12 : 28).
Le Gaon de Vilna précise : « Même si quelqu’un décide, de choisir une conduite contraire aux principes du judaïsme, mais qu’il pratique la vertu de la Tsedaka, il méritera l’éternité parce que la Tsedaka sauve de la mort ». 




Tetsavé
L’amour du prochain
 
 

" Et toi, fais approcher de toi Aaron de ton frère, avec ses fils, du milieu des enfants d’Israël..."
(Chemot 28 :1).

Pourquoi Aaron a-t-il été choisi pour servir en qualité de Grand Prêtre plutôt que Moïse notre Maître ? Les commentateurs expliquent que la mission du Cohen Gadol était principalement de s’intéresser à la vie quotidienne du Peuple. 
Lorsqu’il n’était pas retenu par ses fonctions officielles, Aaron se préoccupait activement de la vie des gens et partageait avec eux leurs joies et leurs soucis. Il connaissait les qualités et les faiblesses de chacun, et il abordait les gens du peuple dans la rue en toute simplicité. Lorsqu’il accomplissait son office dans le Michkan, Aaron portait tous les péchés du Peuple sur sa poitrine et priait l’Eternel de lui accorder Son Pardon.
La mission de Moïse était, elle, tout à fait différente. Il était en charge des grands problèmes du peuple, pouvait passer de longs jours sans boire ni manger, et communiquait même avec les anges. Les petits problèmes quotidiens n’entraient pas dans ses prérogatives, aussi Aaron, qui était « au coeur du peuple » fut-il désigné en qualité de Grand-Prêtre.
Hillel disait : « Soyez parmi les disciples d’Aaron qui aimait la paix et la recherchait sans cesse, qui aimait les hommes et les amenait à l’étude de la Torah » (Pirké Avot 1 :12).

Aimer la paix ? qu’est-ce ? Tout simplement qu’il convient d’imiter la conduite d’Aaron ! Comment ? En nous efforçant de susciter la paix entre les enfants d’Israël, par tous les moyens. 
Quand Aaron rencontrait sur son chemin un mécréant, il commençait par le saluer chaleureusement; sa sincérité était tellement profonde que, lorsque l’homme en question s’apprêtait à commettre une mauvaise action, il se disait :
« Oh non ! Comment pourrais-je regarder Aaron en face demain ? Je serai tellement embarrassé lorsqu’il
me saluera avec tant d’affection »
De ce fait, le pécheur s’abstenait de commettre son méfait (Avot de Rabbi Natan).
On pourrait s’étonner qu’un Tsadik comme Aaron HaCohen puisse s’intéresser à des hommes aussi pétris de mauvaises qualités, à la conduite immorale, pour les ramener sur la voie de la Torah. En vérité, ce genre d’observation est tout à fait contraire à l’esprit qui doit animer celui qui veut s’adonner à l’amour du prochain. 
Lorsqu’une personne manifeste une attention à l’égard de son prochain, elle peut aisément surmonter le dédain qu’elle pourrait avoir vis-à-vis d’un être malfaisant et s’en rapprocher, afin de parler directement à son coeur (Si’hot Moussar 5731). 
L’exceptionnel dévouement d’Aaron pour son prochain est rapporté dans le verset de notre Paracha : « Et Aaron portera sur son coeur, lorsqu’il entrera dans le sanctuaire, les noms des enfants d’Israël inscrits sur le Pectoral du Jugement (Hoshen Michpat) » (Chemot 28 : 29).
Il est établi et avéré que le nom d’une personne est une émanation de sa nature profonde. Aaron, qui portait les noms du Peuple Juif sur son coeur, portait en fait les cœurs et les âmes du peuple Juif. De par son profond amour du prochain, Aaron était en mesure de sonder une personne au-delà de son apparence extérieure et pouvait apprécier dans chacun sa pureté intérieure (Zichron Shmouel p. 572).

A l’occasion d’une de ses visites dans une prison, le Rav Aryeh Levin fut accosté par un prisonnier qui lui dit : 
« Rabbi, je vous jure qu’à partir de maintenant, je ne fumerai plus le samedi ! » 
Quand le Rav Levin s’enquit de savoir la raison de cette décision, l’homme s’expliqua :
 « Quand vous êtes venu me voir samedi dernier et que vous m’avez, avec un sourire si gracieux, souhaité fraternellement Chabat Chalom, vous m’avez serré la main très chaleureusement, alors que moi je tenais l’autre main derrière mon dos avec une cigarette allumée… Comment m’a-t-il été possible de pouvoir oser désacraliser la sainteté du Chabat pendant que vous m’adressiez un si enthousiaste Chabat Chalom ? C’est pourquoi à présent, je jure de ne plus jamais fumer le jour du Chabat » (HaTsadik In our time).





Terouma 
Le dévouement à autrui
 

 « … Et leurs visages tournés l’un vers l’autre… » (Chemot 25 : 20).

Ce verset nous enseigne que les chérubins de l’Arche sainte se faisaient face, un passage des Chroniques précise que les dits chérubins avaient leurs faces tournées soit vers le Tarbernacle, soit vers le Sanctuaire. 
Nos Sages réconcilient cette contradiction en distinguant entre les moments où les enfants d’Israël respectaient la Torah ou s’en détournaient.
Lorsque les chérubins se faisaient face, cela symbolisait que le Peuple respectait les vœux de son Créateur, mais lorsqu’il s’en détournait, alors les chérubins se tournaient vers le Sanctuaire (Baba Batra 99a). Les commentateurs expliquent que les chérubins de l’Arche Sainte étaient le reflet des relations entre les enfants d’Israël. 

Quand la Guemara parle au sujet des gens qui se conforment aux commandements dictés par le Maître du Monde, elle fait allusion à la manière dont un juif se comporte vis à vis de son prochain. Quand celui-ci s’intéresse au sort de son prochain et s’assure qu’il n’est pas dans le besoin, il remplit la Volonté de l’Eternel, mais lorsque chacun ne s’intéresse qu’à lui-même, et qu’il crée la division du fait de son égocentrisme, alors les chérubins se tournent vers le Tabernacle, symbolisant des gens animés par la seule satisfaction égoïste de leurs besoins personnels « pour le seul intérêt de leur propre maison (assimilée au Tabernacle) ». 

Aider son prochain, dans ses besoins matériels, représente un acte d’une importance déterminante. On dit que lorsque le Rav de Satmar, le Rav Yossef Teinelbaum, rendit visite au Kabbaliste Rav Haïm Chaoul Deweik en 1932, il lui posa la question suivante : « Le jour de Kippour, lorsque le Cohen Gadol accomplissait son service dans le Saint des Saints, complètement détaché du monde matériel, pour quoi priait-il ? » « Eh bien, tout simplement, pour les besoins quotidiens du Peuple (Midrash Rabba 21 : 12) il priait pour la pluie et pour que les arbres portent des fruits en leur temps » (Olamot Cheavrou) lui répondit-il.

Pour le Rabbi Haïm de Volozhin, il n’existe pas de différence entre les Mitsvot de l’homme vis à vis de son Créateur et les Mitsvot entre l’homme et son prochain. Il disait souvent que l’objectif dans ce monde était, en priorité, de favoriser son prochain et que chacun devait s’y employer avec tous ses moyens. 
Un disciple du Rabbi citait son Maître qui affirmait qu’aucun homme n’avait été créé uniquement pour lui-même… Un riche est programmé pour faire la charité et même un pauvre peut faire bénéficier son prochain de sa bonté et de paroles réconfortantes; de même, le Sage a été créé pour enseigner aux autres et le noble pour guider un peuple et l’empêcher de se fourvoyer dans des voies malencontreuses (Avi Hayechivot).

Un cousin du Rav Salman Mutzafi raconte l’histoire suivante qui illustre l’exceptionnel sens de l’altruisme de ce dernier :"Lorsque j’immigrais en Israël en provenance de Bagdad, je me retrouvais sans amis et sans relations. Je me mis immédiatement à la recherche d’un appartement et d’une source de revenus puis, j’allais à Jérusalem pour prendre quelques contacts. A Jérusalem, j’allais prier à la synagogue Ohel Rahel. Là, je rencontrais le Rav Salman Mutzapi qui affirma m’avoir connu à Bagdad. Il s’enquit de ma situation et je lui dis que j’avais un petit appartement à Tel-Aviv mais que j’étais venu à Jérusalem en quête d’un travail." 
A ces mots, le Rav Salman promit de s’occuper de moi. Comme je ne connaissais personne à Jérusalem, le Rav décida de m’installer dans un hôtel pour la durée de mes recherches. Lorsque nous arrivâmes à l’hôtel, il me dit « En ce qui concerne la nourriture, je ne vous conseille pas celle de l’hôtel dont la cacherout ne me paraît pas très fiable. De plus, comment allez-vous faire pour assumer les repas coûteux qui sont servis ici ? » 
Le Rav se proposa de pourvoir à ma nourriture quotidienne. Chaque fois qu’il venait m’apporter un repas, il restait quelques instants avec moi et m’adressait des mots d’encouragement. Par ailleurs, il contactait plusieurs de ses relations pour me trouver un emploi. 
Après deux semaines, il réussit à me trouver un travail près de mon logement à Tel Aviv… Je remerciais vivement le Rav et m’en retournais, comblé, à Tel Aviv.
Quelques temps plus tard, j’appris que les repas que m’avait apportés quotidiennement le Rav Salman étaient ceux que son épouse lui avait préparés pour sa consommation personnelle. Le Rav préféra plutôt en faire profiter un immigrant dans le besoin… Il jeûna ainsi pratiquement pendant deux semaines afin de pouvoir accomplir cette grande mitsva, se félicitant d’avoir pu trouver une opportunité d’aider son prochain (Olamo shel Tsadik). 





Michpatim

S’éloigner du mensonge
 

« Midvar cheker tirh’ak - Tiens-toi éloigné d’une parole mensongère » (Chemot 23 : 7)

C’est le seul cas où la Torah nous exige de nous tenir à distance d’une transgression. 
Le Sforno explique que nous devons non seulement nous abstenir de mentir mais surtout de nous éloigner de tout ce 
qui se rapporte de près ou de loin au mensonge… La Michna nous enseigne : « Sois attentif à toutes tes paroles de crainte qu’elles ne t’incitent à fausser la vérité » (Avot 1 : 9). 
Par ailleurs, le Rav Yehuda Ha Hassid précise que le moindre de nos mouvements doit dégager la vérité « Lorsque l’on répond oui ou non, il faut le faire en l’accompagnant d’une expression sans équivoque de la tête car nos membres véhiculent notre sentiment profond » (Sefer Hassidim p. 1058). 

Le Maharsha (Sanhedrin 92b) rapporte l’histoire d’un incroyant qui rendit visite à un Rav en le priant de l’aider à faire Techouva… D’emblée, le Rav lui précisa qu’il devait, avant toutes choses, observer la mitsva consistant à s’éloigner du mensonge… Satisfait de voir que la première étape de son repentir s’avérait relativement facile, il promit qu’à l’avenir il dirait la vérité, toute la vérité, rien que la vérité… 
Il quitta la maison du Rav et s’en alla par les chemins pour s’adonner à son activité habituelle : voler les passants. Alors qu’il s’apprêtait à commettre ses méfaits, un homme lui demanda où il se dirigeait… Il avait promis de dire toute la vérité, alors il rétorqua au passant qu’il s’apprêtait à commettre un vol… Quelques minutes plus tard, un autre homme le questionna et il lui fit la même réponse… Puis, il se dit « Mais ces deux hommes pourraient témoigner contre moi, je ferais mieux de ne pas m’aventurer à voler… » 
Chacun d’entre nous doit s’ingénier à pratiquer la vertu de la sincérité et à s’éloigner du mensonge qui peut entraîner de très sévères répercussions… 
Déformer la vérité n’est pas seulement grave lorsque l’on trompe quelqu’un ou que l’on recherche un intérêt quelconque, mais même lorsqu’il n’existe aucune conséquence apparemment néfaste.
La Torah nous commande de nous éloigner du mensonge et cela inclut tous les aspects de notre comportement dans les différents événements de la vie quotidienne… Même s’ils n’ont pas d’implications négatives, le fait de proférer des mensonges indique que l’on ne s’est pas encore véritablement éloigné de cette inclination déplorable. 

Le Rav Yehuda Tzaddok citait souvent le verset de Malachie (2 : 6) décrivant Aaron le Cohen « L’enseignement de la vérité émanait de ses propos, aucune parole injuste ne se trouvait sur ses lèvres ». Pourquoi ce verset précise-t-il « Sur ses lèvres » et non pas « Aucune parole injuste n’émanait de lui » ? demande Rav Yehuda. 
La raison explique-t-il est que le verset fait allusion à ce que l’on a coutume d’appeler les mensonges inoffensifs… Par exemple, la Guemara (Chavouot 31a) enseigne que celui à qui il est dû 500 Shekels ne doit pas dire « Je vais réclamer 1000 Shekels afin de m’assurer que mon débiteur reconnaîtra qu’il me doit 500 Shekels ». 
Bien qu’un tel homme n’avait aucunement l’intention de bénéficier de ce qui ne lui était pas dû, il cherchait simplement, en faisant cette allégation mensongère, à récupérer la somme véritablement due… Cette attitude est tendancieuse, et le verset veut nous dire qu’on ne trouva jamais sur les lèvres d’Aaron ce genre de propos… Le mensonge ne peut être utilisé même pour faire triompher la vérité !

A l’époque du Maharam Schik, certains adeptes responsables du mouvement de la Haskala vinrent lui rendre visite pour tenter de promouvoir la paix entre leurs organisations respectives… « Comme vous le savez, nos Sages enseignent que la Paix est la chose la plus importante… » dirent-ils. « Pourquoi y aurait-il une discorde entre nous, les Maskilim et les Yereim (les craignant-Dieu) ? »
En réponse, le Maharam cita le verset de Zaccharie (8 : 19) : « Aime la vérité et la paix ».
Pourquoi est-il fait mention d’abord de la vérité et ensuite de la paix ? 
Ceci pour nous enseigner que la Vérité est une condition préalable à la Paix. « Il est vrai que la paix est excessivement importante mais nous ne sommes disposés à la faire que si elle est fondée sur la Vérité. Du mensonge nous devons nous éloigner ».
C’est également le sens de la prière quotidienne « Lui Qui fait la Paix dans les hauteurs célestes, Puisse-t-Il faire régner la Paix sur nous ». Nous demandons ainsi à Dieu tous les jours de nous accorder la même Paix qu’il fait régner dans les Cieux. Nous ne voulons pas d’une paix fondée sur le mensonge, mais uniquement de la même Paix que Hakadoch Baroukh Hou accomplit dans le Ciel. Une paix fondée sur la vérité (Divrei Yoël).




Ythro
Le respect dû aux parents
 

« Honore ton père et ta mère afin que tes jours se prolongent… » (Chemot 20 : 12). 

La Torah assimile le respect dû aux parents à l’engagement moral d’honorer l’Eternel.
Au sujet des parents, le verset dit : « Un homme, sa mère et son père il doit révérer (Quedochim 19 : 3) et au sujet de Hakadoch Baroukh Hou, il est écrit : « L’Eternel ton Dieu tu craindras (Devarim 10 : 20) ». Par ailleurs, le Roi Salomon écrit dans ses Proverbes :  «Honore l’Eternel avec tes biens… » (Prov. 3 : 9). 
Et pour sa part, Rabbi Chimon Bar Yohaï affirme que l’Eternel accorde une priorité au respect dû aux parents. Le Talmud de Jérusalem affirme, lui, « que chacun se doit d’honorer l’Eternel avec ses biens et que les parents, eux, doivent être respectés même par les enfants démunis » (Pea 1 : 1). 

Il existe ainsi, à l’évidence, une similarité entre le devoir de craindre et de respecter ses parents et le devoir de crainte et de vénération à l’égard de l’Eternel, et la Torah met sur le même pied d’égalité ces devoirs respectifs. 
Quelle est la différence entre la crainte et le respect ?
Morah (la crainte) est décrite dans la Guemara comme le fait, par exemple, de ne pas s’installer à la place habituellement réservée à ses parents, de ne pas contredire son père ou sa mère et de ne pas contester les opinions halakhiques de son père ou d’autres rabbins.

Le Kavod (le respect) se manifeste généralement par le fait de s’occuper de ses parents, de pourvoir à leurs besoins, et de les accompagner dans leurs allées et venues… 
En d’autres termes, la différence entre les deux Mitsvot peut être définie comme une attitude positive pour les honorer (respect) ou comme une abstention d’agir ou de faire qui risquerait de porter atteinte à leur honneur (crainte). 

Cette définition comporte néanmoins une difficulté quant à l’interprétation du verset (19 :3) de Kedochim : « Un homme, son père et sa mère il doit révérer » (craindre) « Ich Imo Veaviv Tiraou… ».
D’où tenons-nous qu’une femme est également tenue de révérer ses parents ? Nous apprenons cela du mot pluriel « Tiraou ».
Pourquoi dans ce cas, la Torah donne-t-elle la primauté à l’homme qu’elle place en premier ? 
La Guemara explique que cela est dû au fait qu’un homme a toujours la possibilité d’accomplir une mitsva alors que son épouse doit tenir compte de l’avis de son mari et cela risque de la limiter dans sa liberté d’action. 

La question est manifeste : si le verset débat de la crainte et que la crainte est définie comme l'abstention d’agir ou de faire qui risquerait de constituer un affront à l’égard de ses parents, comment l’opinion du mari pourrait-elle entraver la liberté d’action de sa femme ?
Qu’il l’empêche d’aider ses parents serait plus compréhensible puisque cela pourrait le priver de l’assistance de sa femme, mais pourquoi un mari souffrirait-il de l’attitude d’une épouse qui s’abstiendrait d’être irrespectueuse envers ses parents ? 
Pour répondre à cette question, le Sefer Hamakne suggère qu’il existe d’autres formes de respect et de crainte et, notamment, celles qui exigent de l’enfant qu’il respecte les instructions de ses parents. 
Par exemple, cela se manifeste lorsqu’un père demande à sa fille d’agir de telle manière pour son bien à elle; dans ce cas, en refusant de faire ce que lui a suggéré son père, la fille aura non seulement enfreint son devoir de respect (Kavod) mais également de crainte (Morah)… 

C’est pourquoi, la Torah précise qu’un homme se doit craindre ses parents et dispense la femme de cette obligation dans l’éventualité où elle aurait à choisir entre la position de son mari et celle de ses parents.
Rabbi Akiva Eiger soulève la question de savoir si le fait de se plier à la volonté de ses parents après leurs décès constitue une forme de crainte ou de respect. Il répond adroitement que, prendre en considération leur volonté, est un signe de respect (Kavod) et que le fait de ne pas s’opposer à leur volonté représente le devoir de crainte (Morah). 
Selon Rachba (Yebamot 6), dans ce cas, le fait de se conformer à la volonté de ses parents provient du désir profond de les respecter bien qu’ils ne puissent tirer aucun profit de l’attitude de leurs enfants.

Le Av Beth Din de Brisk, le Rav Haïm Solovetchik avait l’habitude de se lever lorsque son fils et futur successeur, le Rav Velvele, entrait dans sa chambre. Le Rav Haïm se levait naturellement pour honorer le grand Talmid ‘Hakham qu’était son fils alors que celui-ci priait instamment son père de n’en rien faire. 
Quand le Rav Velvele réalisa que son père ne changerait pas d’attitude à son égard, il n’eut plus d’autre solution que de rentrer par la fenêtre chaque fois qu’il rendait visite à son père, et cela, pour éviter de passer par la chambre où son père était assis, de crainte qu’il ne se lève ! (Dmout Hador). 
 
 


Bechalah
La Foi authentique

« Je vais faire pleuvoir pour vous du pain; et le peuple ira recueillir chaque jour sa provision quotidienne… » (Chemot 16 : 4).

Rachi explique « Sa provision quotidienne » signifie que le peuple devait ramasser, chaque jour, ce qui était nécessaire pour la journée à l’exception de toute provision complémentaire pour le lendemain.
Nos Sages enseignent que Celui qui a créé le jour a également Créé la subsistance quotidienne… « Celui qui a suffisamment de nourriture pour aujourd’hui mais s’inquiète de ce qu’il aura à manger le lendemain manque de foi envers l’Eternel » (R. Elazar Hamodaï/Mechlita).
Lorsqu’une personne a une foi véritable en Dieu et comprend que Lui seul pourvoit à notre subsistance, il ne se fait aucun souci pour le lendemain. Il sait que le sort de son existence est entre Ses Mains et que, malgré tous les efforts qu’il déploiera pour amasser des biens, il ne dépassera jamais les revenus qui lui sont impartis par l’Eternel.
A la faveur de cette conviction, il pourra vivre sans grande inquiétude et ne sera pas amené à envier son prochain ou à se méfier de ceux qui pourraient l’empêcher de s’enrichir… Il aura compris ainsi que, de même qu’il ne pourra pas gagner plus que la somme qui lui est impartie, de même il ne pourra pas être lésé en gagnant moins que ce qui lui est dû…
Ben Azzaï disait : « Vous serez appelés par votre nom, installés à votre place et il vous sera remis ce qui vous revient. Jamais la part impartie à un individu ne sera altérée par un autre. » (Yoma 38b).
Rachi explique que Ben Azzaï, ce faisant, affirme qu’une personne ne doit pas s’inquiéter d’être dépossédée par son prochain « parce qu’il sera appelé par son nom pour recueillir ce qui lui est dû » . Ce qui revient à chacun n’est pas un cadeau provenant des autres mais la part qui lui est impartie par l’Eternel. 
C’est l’enseignement que l’on retient de la manne dispensée à nos ancêtres dans le désert : « Quiconque en prit une portion plus importante n’en profita pas plus, et, celui qui en prit moins n’en manqua pas ». On pourrait dire, fort de cette équation, que travailler sans relâche pour « perdre sa vie à la gagner » ne risque pas d’améliorer les chances de s’enrichir… 
Ainsi, chacun reçoit de Dieu la part qui lui revient.

Le Baal Chem Tov décida un jour de s’employer à parfaire la vertu de la Foi authentique. Il fut invité chez un homme, connu pour sa foi inébranlable, qui était percepteur de son état… 
Le Baal Chem Tov fut reçu par cette personne avec plusieurs de ses disciples; ils demeurèrent quelques temps chez leur hôte… Un jour, un officier de police se présenta chez le percepteur, entra sans rien dire, brandit sa matraque et frappa trois coups sur la table et s’en alla sans mot dire… 

Le Baal Chem Tov et ses disciples furent stupéfaits par cette visite inopinée d’autant que leur hôte resta tout à fait impassible… Une heure plus tard, le policier revint, frappa à nouveau trois coups sur la table et s’en alla… 
« Que signifie tout cela ? » demanda le Baal Chem Tov à son hôte. 
« Le policier est venu m’avertir que je devais me présenter chez le maire pour lui remettre le montant des impôts que j’ai récolté auprès de mes coreligionnaires. Si après le troisième avertissement je n’apporte pas l’argent, je serai incarcéré avec toute ma famille »
« J’imagine, vu la sérénité que vous affichez, que vous êtes en possession de tout l’argent nécessaire» dit le Baal Chem Tov « Nous ferions mieux d’attendre votre retour de chez le Maire pour nous mettre à table ».
« Ce n’est pas tout à fait la cas, répliqua le percepteur, en fait, à l’heure actuelle je ne dispose pas d’argent du tout. Cependant, l’Eternel y pourvoira lorsque j’en aurai réellement besoin… Asseyons-nous et déjeunons car je ne dois me rendre chez le Maire que dans trois heures ».

Après le déjeuner, le policier revint et formula le troisième avertissement ! Le percepteur était toujours très calme, il récita les actions de grâce, lentement et consciencieusement, puis se leva et dit à la cantonade : « Je vais aller remettre le montant des impôts au Maire ».
Avez-vous réuni la totalité de la somme ? s’enquit le Baal Chem Tov.
Pas encore mais je suis sûr que l’Eternel y pourvoira, répondit-il.
Intrigués, le Baal Chem Tov et ses disciples se mirent à la fenêtre… Une calèche s’arrêta près de leur hôte, le cocher lui adressa quelques mots puis poursuivit son chemin pour s’arrêter quelques mètres plus loin… Le cocher attendit le percepteur, lui adressa rapidement la parole et lui remit une enveloppe… Lorsque la calèche passa devant lui, le Baal Chem Tov s’enquit auprès du cocher de ce qui s’était passé… 
« Je lui ai proposé de lui acheter l’excellent whisky qu’il doit produire l’hiver prochain pour une certaine somme, mais il a refusé mon offre alors j’ai poursuivi mon chemin puis je me suis ravisé et je me suis arrêté pour lui marquer mon accord sur le prix. Je l’ai réglé sur le champ… Je sais que c’est un honnête homme et je n’ai pas voulu le retenir trop longtemps car il m’a dit être en route pour aller remettre le montant des impôts à Monsieur le Maire »(Sipouré Hassidim). 



Le respect d’Autrui
 
 

 « Parlez à toute l’assemblée d’Israël » (Chemot 12 : 3). 

Rachi explique : Si l’Eternel avait demandé au préalable à Moïse de parler au Peuple d’Israël et à Aaron de parler au Pharaon (Chemot 7 : 2) pourquoi ce verset est-il formulé au pluriel comme si Aaron se devait également de parler au Peuple d’Israël ?

A la faveur du grand respect que se vouaient l’un à l’autre Moïse et Aaron, ils prononcèrent les mots en même temps et ce fut comme une seule voix qui s’éleva… « Un homme sage ne parle pas avant ceux qui sont plus sages ou plus âgés que lui ». Cette maxime fait allusion à Moïse note Maître qui laissa à son frère Aaron le soin de parler à sa place.
En effet, l’Eternel avait parlé à Moïse et lui avait donné tous les éléments pour lui permettre de s’adresser au Peuple. Et pourtant, « Moïse fit part à Aaron de toutes les paroles dont l’Eternel l’avait chargé et de tous les prodiges qu’Il lui avait ordonnés » (Chemot 4 : 28). 

« Et ce fut Aaron qui dit toutes les paroles que l’Eternel avaient adressées à Moïse et qui opéra les prodiges à la vue du Peuple » (Chemot 4 : 30). Et Moïse de dire, très humblement : « Comment puis-je parler alors que mon frère aîné se tient à mes côtés ? » (Avot de Rabbi Nathan 37 : 12).
L’inverse fut également vrai; ainsi lorsque Aaron dit à Moïse « Je vous prie, mon Maître », il accorda à son jeune frère un profond respect. Nous apprenons ici que l’honneur dû à son prochain est aussi important que l’honneur dû à son Maître (Avot de Rabbi Nathan 27 : 4).
Encore plus important que le respect dû à son prochain est celui qui est dû aux étudiants de la Torah (Talmidéi khakhamim); le Méiri (Haggiga 5 : 2) écrit que si un chef d’état renonçait au protocole pour s’empresser d’accueillir un Talmid ‘Hakham, ce ne serait pas considéré comme une atteinte à son honneur… mais plutôt comme une manière de le rehausser. En effet, il est dit : « J’honorerai ceux qui M’honorent » (Samuel 1 : 2). 

La belle anecdote suivante illustre le profond respect qu’avaient le Hazon Ich et le Rabbi de Gour l’un pour l’autre… En 1949, le Rabbi de Gour rendit visite au Hazon Ich à Bné Brak. A l’issue de la visite, le Hazon Ich accompagna son invité jusqu’à un taxi qui l’attendait. Arrivés au bout de l’allée, le Rabbi de Gour insista pour réaccompagner le Hazon Ich sur le pas de sa porte. Mais à peine arrivé devant la porte, le Hazon Ich insista pour réaccompagner son hôte vers le taxi qui l’attendait… Ce manège se reproduisit plusieurs fois… 
Pour en finir, le Rabbi de Gour raccompagna le Hazon Ich jusqu’à l’intérieur de son domicile, referma prestement la porte derrière lui et s’enfuit littéralement vers la voiture qui l’attendait, et ce, afin que le Hazon Ich n’ait plus la possibilité de le rejoindre…

Le Rav Haïm Kreizwirth et le Dayan Y.Z. Dunner se retrouvèrent au mariage du petit-fils du Dayan, à Anvers. Lorsque arriva le moment de célébrer le mariage, le Rav Haïm, Grand Rabbin d’Anvers, insista auprès du Dayan Dunner, le grand-père du jeune marié, afin qu’il préside la cérémonie. Mais le Dayan refusa net « Vous êtes le Grand Rabbin de cette ville et cet honneur vous est réservé ! » répondit-il. 
Les deux personnalités eurent quelques mots sous la Houpa, chacun insistant pour que l’autre officie… Finalement, le Rav Haïm prit le micro et annonça : « Je désigne le Rabbin Dunner comme le Grand Rabbin de cette ville pour les 15 prochaines minutes ! »
Le Dayan Dunner n’eut plus d’alternative… Il s’approcha du ‘Hatan et de la Kala et célébra leur mariage… 



Vaera
La Patience et l’Ecoute
 

« L’Eternel parla à Moïse et à Aaron et leur ordonna au sujet des enfants d’Israël… »(Chemot 6 : 13).

 Rachi commente « L’Eternel recommanda à Moïse et à Aaron de les conduire avec beaucoup de patience et de tolérance. »
Hakadoch Baroukh Hou les prévint : « Mes enfants sont irritables et difficiles à convaincre. Soyez-en avertis ! Ils risquent de vous agresser et peut-être vous lyncheront-ils ! » (Midrach Rabba Chemot 7 : 2)
Le devoir pour un dirigeant Juif d’être patient et bienveillant est rapporté dans la Guemara (Sanhédrin 8a) qui décrit les qualités requises pour devenir Juge (Dayan). « Jusqu’à quel degré peut-il être à l’écoute des gens et tolérer leurs turpitudes ? » demande-t-elle. « Porte-le dans ton sein comme la nourrice porte le nourrisson » (Behaalotekha 11 : 12).

La comparaison avec la nourrice, explique la Torah Temima, situe le degré de patience qu’elle doit avoir à l’égard d’un enfant qui peut être très irritable et insupportable… Une maman peut être exaspérée par les pleurs de son enfant et pourtant elle ne le repousse jamais avec colère… Au contraire, elle s’habitue à redoubler de patience pour l’élever, le cajoler et lui dispenser tendresse et caresses…

Lorsque nos Sages comparent un Dayan à une nourrice ce n’est pas seulement pour l’effet allégorique mais pour bien préciser que son degré de patience et de considération à l’égard de son prochain doit lui être comparable… Un Dayan ne peut pas dire : « Ce n’est pas dans mes attributions de subir vos discours insensés et vos lamentations » car écouter est son devoir …
Même si un plaideur a un comportement particulièrement impétueux, le Dayan se doit de rester calme et patient et l’écouter jusqu’à la fin de son plaidoyer…
L’importance de la patience ne se limite pas au seul devoir des dayanim mais s’applique à toutes les relations humaines : Maître à élève, parent à enfant, dirigeant à subordonné… Tout leader se doit de retenir ses impulsions; il se doit d’écouter les avis de son entourage comme un Rav se doit de comprendre les préoccupations de ses élèves, à défaut, il ne sera pas entendu.
« Le Maître irascible enseigne mal » (Pirké Avot 2 :5) parce qu’il perdra patience lorsque ses élèves se tromperont… De même le Meiri (Taanit 4a) écrit « Si on peut comprendre qu’un Talmid ‘Hakham puisse s’emporter lorsqu’il voit une personne se comporter d’une façon contraire aux enseignements de la Torah, il doit cependant contrôler son ressentiment, se montrer patient à son égard et lui expliquer avec douceur ce que la Torah attend de lui… ». A défaut, il poussera son interlocuteur à s’éloigner encore plus de l’enseignement de nos Sages… 
Le Roi Salomon disait « Chasse la colère de ton coeur et éloigne ainsi les souffrances de ton corps » (Kohelet 11 : 10).

La Guemara relate que le Rav Ada bar Ahava vit un jour une dame dans la rue qui portait une grande écharpe rouge avec beaucoup d’ostentation… Le Rav s’indigna de ce manque flagrant de réserve (tsniout) et retira promptement le châle de cette dame… 
OR, la dame n’était pas juive, un procès s’ensuivit et le Rav Ada fut condamné à lui payer 400 Zouz ! Cette dame s’appelait « Matoun » et le Rav Ada dit avec un certain humour « Matoun, Matoun, cela vaut bien 400 Zouz » (Matoun veut dire faire une pause, patienter, attendre). 
Ce que le Rav Ada voulut dire c’est que s’il avait attendu un moment, s’il avait patienté, s’il avait réfléchi, il aurait pu éviter d’avoir à payer 400 Zouz… mais en fait que la leçon en valait bien le prix !

Avoir de la patience est une qualité particulièrement recommandée dans les relations familiales; c’est la meilleure façon de communiquer avec son épouse, ses enfants, ses frères et sœurs… Le manque de retenue ne rapportera rien, au contraire, il ne fera que détruire. 
La Michna enseigne les trois sujets qu’un maître de maison se doit de vérifier la veille du Chabat : « Avez-vous prélevé la dîme ? Avez-vous fait le Erouv ? Allumez les lumières du Chabat ! » Rabba bar Rav Huna précise que l’on doit dire ces paroles avec calme et pondération pour que les personnes à qui elles s’adressent soient attentives et réalisent la Mitsva avec ferveur. 
De nos ancêtres, de mémoire bénie, nous apprenons la manière de procéder pour l’éducation des enfants… Le verset dit : « Itzhak appela Yaacov et le bénit, puis il lui ordonna : ne prends pas femme parmi les filles de Canaan » (Toledot 28 : 1). 
Le Hafets Haïm précise que si un parent veut influencer favorablement son enfant et l'aider véritablement à faire de bons choix, il doit conseiller son enfant dans un climat d’amour et de bénédiction. Un enfant a, en effet, beaucoup plus de mal à suivre les conseils de ses parents quand leurs instructions sont formulées avec rigueur et autorité que lorsqu’ils sont donnés calmement et avec tendresse… 
C’est pourquoi, Itzhak commença d’abord par bénir son fils et qu’il lui ordonna par la suite de ne pas épouser une cananéenne. Fort de l’enseignement de son père, Yaacov put se sortir de toutes les situations difficiles – avec Esaü et Laban notamment – grâce à son calme et à sa patience.
Le Hazon Ich enseignait que l’habilité à influencer les autres tenait surtout à la vertu du silence… Une haute personnalité de l’Education Nationale lui demanda un jour de s’élever vivement contre une certaine politique menée dans ce domaine « Ne comprenez-vous pas ? » lui dit-il « Les gens m’écoutent justement parce que je m’ingénie à ne jamais parler avec emportement » (Peer Hador).




Chemot
La vraie compassion
 
 

« Moïse grandit, il alla parmi ses frères et vit leur profonde détresse » (Chemot 2 : 11).

Rachi commente : « Moïse leur prêta une grande attention, entrevit leurs souffrances et en fut très affligé ». Conscient de la peine endurée par le peuple juif, Moïse fit plus que partager leur douleur par la pensée… Moïse, pour sa part, délaissa son bien-être et son confort pour partager le difficile sort de ses frères juifs… et il s’empressa de leur apporter son aide effective. 
Le Midrash rapporte que Moïse vit leurs souffrances et s’épancha dans un sanglot : « Cela me désole de vous voir ainsi. Si seulement, je pouvais mourir pour vous éviter tant de peines… et Moïse les aida à transporter leurs lourds chargements sur ses épaules ».
 Moïse insista pour partager leurs souffrances afin, d’une part, d’alléger leur tâche, mais surtout, pour mieux les connaître et les comprendre… 

Son implication, profondément sincère et affective, fut la raison pour laquelle il ne put admettre l’injustice dont ils étaient victimes. 
Lorsqu’il vit deux juifs se battre, il intervint promptement « Pourquoi vous battez-vous l’un l’autre ? »
Cette même sensibilité poussa Moïse à secourir les filles de Ythro des mains des bergers malfaisants qui les empêchaient d’abreuver leur troupeau. 
Moïse, profondément peiné à la vue de la souffrance humaine, s’ingénia toujours à assister les personnes en danger ou dans le besoin.

Le Rabbi de Gour, Sfat Emet, avait l’habitude de dire que l’habilité de chacun à s’aider soi-même se mesurait à l’aune de ses facultés à aider son prochain. 
Une femme enceinte rendit un jour visite au Rav Haïm Brisker et lui dit qu’elle devait accoucher incessamment mais qu’elle n’avait pas les moyens de subvenir à ses besoins ni à ceux de l’enfant à naître. 
Le Rav demanda à son épouse « Pourquoi n’y a-t-il pas d’association humanitaire qui s’occupe de venir en aide à des femmes dans cette situation ? » La Rabbanite lui dit qu’elle connaissait cette dame et qu’elle avait appris que son mari l’avait abandonnée depuis plusieurs mois, la laissant sans ressources… « Dans ce cas, nous devons accueillir cette jeune femme, prendre soin d’elle pour l’accouchement et lui accorder des subsides pendant deux ans, le temps qu’elle puisse rétablir sa situation », affirma le Rav . 
C’est ce qui arriva. Le Rav Haïm s’occupa de la Brit Mila qui eut lieu chez eux et il assura la subsistance de la mère et de l’enfant comme promis (Ouvdot vé Anhagot le Beth Brisk).

Le fait d’avoir partagé la peine de son prochain représentait pour le Rav Haïm Brisker une mitsva aussi importante que celle de prier ou d’étudier la Torah « Quand une âme en peine me rend visite, disait-il, ses problèmes me touchent tant que j’en perds mon appétit et mon sommeil » (Er’Ah le Anav).

Le Rav Zalman Montzapi organisa un jour une grande manifestation au profit des couples sans enfants. Il demanda qu’une liste des noms de ces couples soit établie afin qu’il puisse prier pour eux… 
Quand les gens arrivèrent à la Maison d’études où se déroulait la manifestation, le Rav Zalman, à la vue du très grand nombre de personne, éclata en sanglots « C’en est trop, c’est au-dessus de mes forces, pleurait-il. Je ne puis assumer le fardeau de tous ces gens ! Hakadoch Barouh Hou, vois le chagrin de tous ces gens en grand désarroi… Que leurs noms s’élèvent vers Toi pour que Tu leur accordes la joie d’enfanter » (Olamo shel Tsadik). 

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